Eugene Kotenko – Chroniques de la vie d’un banc

Lorsque j’ai découvert ce projet d’Eugene Kotenko sur la vie d’un banc, ou plutôt, les tranches de vie autour d’un banc, j’ai de suite repensé à une BD que j’ai lu il y a peu, en noir et blanc, plutôt récente, sans aucun phylactère : Un peu de bois et d’acier de Christophe Chabouté. Je l’avais lu d’une traite, sans m’arrêter.

Je n’ai pas trouvé cette BD géniale, ni mauvaise non plus. Je me sentais hypnotisé par ces petites histoires de gens tout-à-fait ordinaires s’arrêtant un instant. Ils se parlaient bien sûr – ils vivaient ! – mais nous n’entendions rien.

Ici, c’est absolument la même chose mais dans le domaine de la photographie. Si nous sommes bien sur deux supports visuel, je trouve ce projet-ci beaucoup plus intéressant, ou hypnotisant peut-être.

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L’ukrainien Eugène Kotenko a planché pendant 4 ans sur ce projet. C’est un projet pour lequel il n’avait pas besoin de sortir de chez lui. En effet, le banc se trouve tout simplement dans ce qui correspondrait au parc, square de la copropriété de son immeuble. Il prenait donc les photos de sa fenêtre ce qui le mettait ainsi dans une position complètement passive, sans interactions qui pourraient troubler le sujet (car le sujet n’est pas vraiment le banc bien sûr, mais le banc comme entité, qui dépasse sa propre condition du fait de tout ce qu’il s’y passe autour).

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La fonction d’un banc est d’offrir une assise à tous les passants désirant se reposer un instant. Ce banc voit donc quantité de personnes, d’évènements, de joies, de souffrances. Ce banc sert de sas de décompression à des salariés, c’est aussi le banc de la pause repas d’employés, le promontoire d’artistes, le logement éphémère de sans-abris, le lieu de rencontre pour des inconnus…

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Ce banc se trouve alors au centre de nombreuses interactions sociales mais aussi de moments de solitude, de recueillement avec soi-même. C’est une pause plus ou moins prolongée que l’on s’accorde pour 5 minutes ou pour faire sa nuit. Ce lieu voit donc naître et mourir des mini évènements, des sujets tragiques y sont abordés tout comme de franches parties de rigolade ; c’est un théâtre de rue sans metteur en scène et dont Eugène Kotenko immortalise certaines pièces.

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L’artiste ne nous fait donc pas un tableau de l’Ukraine tout comme il ne nous fait pas un tableau du mobilier d’un square. Il nous montre comment un banc, un simple banc dans un parc devient un lien avec soi-même ou avec les autres. On s’y met par obligation, par dépit, par plaisir ou par simple opportunité. On en profite comme on le subit, de tout temps, changeant parfois de couleur de revêtement, il devient un catalyseur social. C’est peut-être cela sa véritable fonction ?

De nombreuses autres photos sont disponibles là : http://journal.foto.ua/gallery/fotoprekt-zheni-kotenko-lavochka.html

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