Äkta Människor, Anno 1790 & Bron / Broen

Ok, la dernière fois on a parlé de Borgen, une série danoise sur la politique, et de Forbrydelsen, une série policière danoise (avec de la politique). Aujourd’hui on va parler de trois autres séries nordiques moins populaires, mais néanmoins intéressantes : Äkta Människor (Real Humans), une série suédoise de science-fiction (avec un message politique), Anno 1790, une série historique suédoise (avec un policier, qui fait de la politique), et enfin le clou du spectacle, Bron/Broen (ou The Bridge), une série dano-suédoise avec des policiers qui enquètent sur un meurtre à caractère politique. Oui, manifestement les scandinaves ont des thèmes fétiches.

 

Äkta Människor est une série assez spéciale. Ça se passe dans un futur non précisé mais qui ne doit pas être beaucoup plus avancé que 2030 ou 2050. Dans cette société moderne, une changement en particulier est visible : les robots sont partout. Ou plus précisément, les « hubots » sont partout, du nom de ces androïdes au cerveau artificiel très développé et aux tissus quasiment organiques, qui leur permettent de ressembler à s’y méprendre à des « vrais humains » (« äkta människor » en suédois). Magasin de robot Et justement, cette ressemblance tant physique que intellectuelle (les robots approchent dangereusement de la singularité, et certains semblent avoir franchi le pas) pose de nombreux problèmes de société : l’immense majorité des emplois ont été confiés aux robots, entraînant une société où les humains travaillent peu, généralement à des postes intellectuels, et où le chômage est un problème qui, même s’il n’est plus économique, trahit néanmoins un malaise.

Basiquement, prenez tous les arguments style « les immigrés volent nos emplois », et rajoutez encore une couche de déshumanisation, vous verrez le sentiment. À côté de ça, une nouvelle forme de sexualité apparait. « Sortir avec son robot » est donc un concept qui est tour à tour présenté comme une mode, un vice et quelque chose qu’il faudrait légaliser / interdire. Certains personnages découvrent même, non sans déni au début, qu’ils sont « robophiles ». Une métaphore évidente de l’homosexualité, donc. Le concept et le message sont intéressants donc, mais la réalisation pèche un peu. Notamment, on a le traditionnel problème de beaucoup d’oeuvres de science fiction : le futur semble franchement schizophrène. D’un côté on a des humanoïdes pratiquement aussi intelligents que les humains, mais de l’autre, le reste de la société n’a pratiquement pas avancé. Les même voitures (certaines électriques, néanmoins), les même supermarchés, quelques tablettes tactiles telles qu’on en voit de nos jours et pas mal de ports USB sur les hubots. Eux seuls permettent de nous faire réaliser qu’on n’est pas juste en 2015. Toujours sur la technique, on ne s’intéresse au côté robotique des hubots que pour les problèmes de société qu’ils présentent, en oubliant toutes les autres particularités d’une machine par rapport à un être humain, notamment le fait que ce sont essentiellement des ordinateurs sur pattes. Ainsi, on voit par exemple les robots se parler pour communiquer entre eux, et, comble de l’absurde, un hubot s’infiltrer dans une maison pour utiliser un pc afin de se connecter à un site de rencontre. Bien sûr, l’idée ici est de rendre les robots plus humains, mais ça fait quand même bizarre.

 

Complètement de l’autre côté de la frise chronologique, nous avons Anno 1790.

Cette série s’intéresse à Johan Gustav Dåådh, chirurgien, lors de son retour à Stockholm après la guerre Russo-Suédoise de 1788-90. Pour avoir sauvé la vie de son valet, le chef de la police de la ville, Carl Fredrik Wahlstedt, le nomme au poste prestigieux de Kommissarie, afin de mener des enquêtes et d’assurer la paix de roi à Stockholm. Le problème ? La Révolution vient d’éclater en France, et ses idées se répandent comme une trainée de poudre en Europe. Carl Frederik, comme le reste de la police, est du côté des nobles et de la cour. L’une de leur mission inclut la traque et l’arrestation des républicains et autres activistes anti-monarchistes qui apparaissent un peu partout dans le royaume depuis la prise de la bastille. Or Dåådh s’avère être un républicain convaincu, d’ailleurs en lien avec des révolutionnaires suédois. Si lui prône le changement par l’éducation et la paix, beaucoup de ses amis préféreraient la méthode Robespierre et Dåådh doit donc jongler entre ses convictions, son devoir et ses amis. La révolution, à quel coût ? Dåådh va t-il devoir arrêter voire tuer ses amis pour maintenir sa couverture ? Que se passe t-il si des rumeurs de ses convictions athéistes et démocratiques remontent aux oreilles de Carl Frederik, ou du roi ? Et à côté de ça, Dåådh doit également composer avec la femme de ce dernier, dont il tombe rapidement amoureux, et avec le serviteur qu’il a sauvé et qu’on lui a depuis confié, dont la dévotion religieuse n’a d’égal que son amour de la bouteille.

Cast de anno 1790 Anno 1790 est une série interessante à regarder pour réaliser à quel point la France a (ou du moins a eu) un rayonnement dans le monde, et particulièrement en Europe. Tout le monde balance régulièrement des répliques en français, et « liberté, égalité, fraternité » apparaît bien plus souvent que la devise royale suédoise. La série manque néanmoins d’une certaine ampleur : Dåådh prend finalement peu de risques, tant au sujet de ses convictions que de ses sentiments, et le rythme de la série s’en ressent. Si le sujet est intéressant, il n’est sans doute pas aussi bien traité qu’il pourrait l’être.

  Enfin, nous avons le pur produit de la fameuse amitié scandinave : Bron/Broen, « Le pont » dans les deux langues. Coproduit par Danmarks Radio (les créateurs de Borgen et Forbrydelsen) et Sveridges Television, avec deux acteurs principaux, Sofia Helin, suédoise, qui joue Saga, une flic de Malmö ; et Kim Bodnia, danois, qui joue Martin, un flic de Copenhague. Le scénario ? Le corps d’une femme est retrouvée, coupée en deux, sur le pont reliant la Suède au Danemark. Le haut du corps est celui d’une politicienne de Malmö. Le bas celui d’une prostituée de Copenhague. Les deux parties sont assemblée exactement sur la ligne représentant la frontière entre les deux pays. Oui, ils ont eu la main lourde sur le symbolisme. C’est un peu comme si Arte produisait une buddy comedy avec Helmut Kohl et François Mitterand qui remontent le Rhin en écoutant « From Paris to Berlin ». Cast de bron / broen Bron fait beaucoup penser à The Killing, non seulement à cause du format policier, mais aussi car on retrouve, là encore, un protagoniste masculin « normal », et un protagoniste féminin hors-norme pour compenser. Si Sarah Lund semblait connaître les normes et les usages mais choisissait simplement de faire passer son travail avant, Saga Noren, elle, semble tout simplement ne pas comprendre comment marche la société et les gens qui la compose. Elle suit les règles et les procédures avec un automatisme robotique sans jamais s’arrêter pour considérer l’impression qu’elle donne au gens, et va toujours au plus simple pour répondre à ses besoins, même lorsque ceux-ci concernent d’autres personnes.

Finalement, vu d’un oeil extérieur, le thème « dano-suédois » est peu exploité. Les personnages passent leur temps à faire l’aller-retour entre les deux pays au point où on finit pas ne plus trop savoir de quel côté de l’Oresund ils sont, quelques anecdotes sur les pays et quelques blagues sur les langues (le danois semblant être au suédois ce que le québécois est au français européen) sont lancées, mais la série se concentre surtout sur son intrigue, par ailleurs de bonne qualité.

 

S’ils traitent de thèmes (un peu) différents dans des situations (un peu) distinctes, les séries nordiques partagent au final pas mal de similarités sur leur façon légèrement détachée de traiter les choses, leur légèreté lors des scènes émotives, et même parfois leur réalisation. Cela leur confère une très bonne qualité technique et scénaristique, mais peut donner l’impression d’une certaine fraîcheur dans le domaine des sentiments. À voir, néanmoins, surtout si vous êtes amateur de policiers. Et de politique.

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