Beijing Bicycle (Wang Xiaoshuai – 2000)

Beijing Bicycle a été retransmis récemment sur ARTE à 20h45 (le Lundi 26 Janvier 2004) et, l’ayant regardé, ce film m’a vraisemblablement touché… J’ai voulu ensuite avoir l’avis de quelques autres personnes et j’ai vite découvert que peu de gens l’avaient vu. Ainsi, j’ai voulu faire un article à son sujet ouvrant de nouveau nos horizons cinématographiques mais à la Chine cette fois.

Beijing Bicycle

Beijing Bicycle

 

— Introduction —
Beijing Bicycle (Shiqi sui de dan che) n’a rien d’une grosse production. Mais ce n’en est pas moins un ‘grand’ film d’auteur récompensé d’ailleurs d’un Ours d’argent à Berlin. Réalisé avec finesse, ce film de Wang Xiaoshuai nous retrace le destin fusionnel de deux adolescents tournoyant autours d’une bicyclette dans les méandres de Beijing (Pékin), le tout nous mêlant à cette société chinoise moderne mais renfermé. Un film sans prétention qui touche pourtant par son lyrisme et sa simplicité de mise en scène alliée à un scénario dénué de tout élément superficiel, mais digressif.

— Synopsis —
Guei (Cui Lin), un jeune garçon de 16 ans, tout droit sorti de la campagne, émerge en ville, à la recherche d’un travail. Il retrouve à Beijing un ami à lui, Xiao qui tient une petite épicerie dans une rue calme de la banlieue. Rapidement, il trouve un emploi en tant que coursier et la société qui l’embauche lui prête un vélo qu’il devra rembourser dans le mois. Parallèlement, Jian (Li Bin) voit son rêve, la possession d’un vélo, s’anéantir, ses parents n’ayant pas assez d’argent pour s’occuper de tout. Etant sur le point de pouvoir payer le vélo à son patron, Guei se le fait voler. Il perd son emploi mais se met en quête de le retrouver…

— Critique —
Beijing Bicycle est un film qui se regarde du début à la fin, sans qu’il n’y ait un seul moment où l’on puisse vraiment anticiper la suite de l’histoire. A partir du moment ou Guei se fait voler son vélo, on sait tout de suite que le film va être, pendant son heure 53, la ville.
En effet, ce film est bien plus que le récit des vies parallèles et trépidantes de deux adolescents tous deux en proie aux problèmes de la société, c’est surtout un film sur la ville et ses habitants comme il y en a peu de connu.
Les plans sont d’ailleurs équivoques à ce sujet. On a le droit à de grandes scènes, de larges paysages urbains et des tableaux de la vie de tous les jours. On peut observer en pleine action, les destins de chacun s’entrecroisant, les personnes âgés jouant au jeu de Go et la petite fille jouant avec rien, ou tellement de chose pour elle.
Il faut dire aussi qu’il y a quelques plans séquences assez longs, mais fixe et désembrumés d’éléments superflus. On voit à un moment, la bande de copain à Jian en pleine activité juvénile, tout comme on peut voir les péripéties identiques des deux héros…
Il est à noter que les lieux de tournages sont assez diversifiés et donnent une bonne étendue de la banlieue de Beijing, avec ses vieux et pauvres quartiers en même temps que l’on nous présente les rues commerçantes où Guei va livrer. A ce moment, la finesse des plans se révèle, ils sont simples mais suffisants pour nous faire part de tout cet univers…

Un côté fort de ce film, c’est l’atmosphère qui en ressort. Il est sûr qu’on se sent bien en face d’un film d’auteur, à n’en pas douter par le peu de moyen développer qui impose une certaine rigueur évitant les confusions et subtilités que l’on peut déjà voir dans certains films à fort succès.
Ici, on se retrouve plongé dans une ville, c’est l’immersion totale dans cette culture, dans ce mode de vie qui n’est pas le nôtre, dans ces destins adolescents tragiques qui ne laissent place à la réalisation de soi car même si leur futur semble plus ou moins assurés, les personnages sont perdu au plus profond d’eux-mêmes ce qui est retranscrit par le désarroi continuel que nous inspire les différents plans de rues plus ou moins vide d’âmes errantes, à la recherche de leur vie.
Un aspect important de cette impression de désarroi, c’est l’épicerie de Xiao, l’ami de Guei, chez qui il se rend souvent. On y voit la lenteur, l’espoir vaquant, l’imagination s’épuisant dans l’air lourd qu’imposent les rayons du soleil.

Tout ceci avance évidement par l’essor de chacun des personnages qui petit à petit, s’individualisent. Guei se rendurcit dans son apprentissage de la ville et de l’espèce humaine. Jian se détache et renaît, seul, à la dérive. C’est d’ailleurs le personnage qui est en somme, le plus dramatique. Jeune, scolarisé, sous la protection de ses parents et la bienveillance de sa petite sœur, il se met à l’écart et plonge dans une certaine délinquance avec ses amis à qui il montre tout ce qu’il n’est pas. Il fixe d’ailleurs tout son désespoir, et non son espoir, dans ce vélo qu’il rêve tant d’avoir et que l’on lui a tant promis. Allant jusqu’à voler sa famille et voler l’humanité des autres, Jian perd tout ce qu’il obtient et n’en gagne en fait, que des cicatrices physiques mais aussi morales.

En dernier lieu, il faut se rendre compte de ce qu’est aussi ce film, une critique de la société chinoise, par un chinois, à Beijing, la cité interdite.
Énormément de chose sont montré dans ce film, la violence des rues, le mauvais traitement des employés ou même, leur non considération. Mais c’est sans compter aussi le chômage, la délinquance de la nouvelle génération, le problème des classes sociales tant distinctes et distinguées et encore, l’illusion collective dans laquelle chacun s’abandonne.

— Conclusion —
Beijing Bicycle n’est pas un film grand public. Il ennuiera sûrement beaucoup de monde et surtout les gens qui ne connaissent rien de la sphère chinoise. Mais pourtant, ce film parle de choses communes à tous, la relation d’être humain à être humain, de la lutte pour la survie, de l’avancée dans le futur, de l’introspection… Wang Xiaoshuai a signé ici un chef d’œuvre du cinéma pour tout ce que ce film, Beijing Bicycle implique.

–Galerie

Beijing Bicycle

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